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Le DivX fait son cinéma sur le réseau
Ce nouveau programme de compression
d'images fait trembler l'industrie du film.
Par LAURE NOUALHAT
Le lundi 16 octobre 2000
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Les formats
On compte 4 formats de fichiers vidéo:.AVI
pour le PC,.MPG (diminutif de MPEG) et.MOV et.QT pour les films
QuickTime. Le DivX rend tous ces formats vidéo compatibles puisqu'on
peut transformer indifféremment un fichier. AVI ou QuickTime en
format DivX. Ensuite, il suffit d'installer un DivX player pour
les lire.
www.divxarea.net
www.divxnews.com
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epuis la
montée en puissance de la musique sur le Net, les internautes frétillent
d'impatience: quand donc pourront-ils télécharger des films? Jusqu'à
présent, qualité de l'image et volume de données étaient les deux
derniers obstacles. Avec le DivX, format déjà annoncé comme le MP3
de la vidéo (du nom du format utilisé par les internautes pour s'échanger
de la musique sur le Web), ces ultimes barrages sont balayés. Le
numérique part à l'assaut des studios de cinéma.
Pour se faire une toile sur un écran, il faut normalement télécharger
les 4 à 9 gigaoctets (1) de données. Cela peut prendre plusieurs
jours si on n'a qu'un modem. Mais si on compresse le film et qu'on
dispose d'une connexion rapide (câble ou ADSL), il ne faut plus
qu'une paire d'heures pour récupérer son James Bond favori. Le DivX
est la perle qui permet de compresser des fichiers vidéo à 15 %
de leur taille réelle, avec une qualité d'image professionnelle.
Ainsi un DVD de 4 gigas devient un fichier de 600 mégaoctets, soit
presque la taille d'un CD-Rom.
Avec une image si bien compressée, on peut envisager des courriers
vidéo, de la «vidéophonie» (se téléphoner en se voyant) sur le Net
et, bien sûr, le téléchargement de films. Avec de tels arguments,
le DivX fait trembler les majors du cinéma, non seulement à Hollywood
mais aussi en Europe et en Asie. Beaucoup craignent que ce format
fasse au cinéma ce que le MP3 fait subir à l'industrie du disque:
défier les circuits de distribution jusqu'à les bouder outrageusement.
«Aujourd'hui, on craint le piratage, mais, demain, si un producteur
propose ses films en téléchargement à 1 ou 2 dollars, on appellera
ça une nouvelle forme de distribution. Alors patientons», tempère
le Français Jérôme Rota, père du DivX et associé du Project Mayo
qui doit développer la technologie en Californie et traiter avec
Hollywood (lire ci-contre). Quand on compare son projet à Napster,
le logiciel d'échange de fichiers musicaux sous le coup d'un procès
des majors du disque pour incitation au piratage, le jeune nerd
se défend: «Je prépare une technologie, pas un logiciel.»
Piratage favorisé. Mais cette technologie permet, voire
favorise, le piratage, selon l'avocat Gilles Vercken, spécialiste
des droits d'auteur: «Le format en lui-même n'est pas illégal,
l'utilisation qu'on en fera peut l'être. On viole les droits d'auteur
quand on reproduit ou communique une uvre au public. Peut-être
qu'avec des logiciels comme Napster, pour l'échange de MP3, ou iMesh,
pour les fichiers vidéo, la législation va devoir évoluer. On parlera
moins de reproduction mais plutôt d'utilisation.»
Pour son inventeur, le DivX ne pousse pas plus au piratage de films
que le MP3 nuit à la musique. «Au départ, ces innovations ne
sont pas faites pour servir la copie. Dans le cas du MP3, si les
majors américaines avaient pris le virage numérique en se disant
que ce format allait devenir un nouveau canal de diffusion, elles
auraient peut-être enrayé le marché de la copie. Elles n'y ont
pas cru et se sont trompées. J'espère que les majors de Hollywood
seront plus intelligentes.»
«Contrôles». Pas sûr. D'une part, parce que les industriels
du cinéma ont «d'autres chats à fouetter» et, d'autre part,
parce qu'ils pensent avoir le temps de voir venir. Jean Sainati,
de l'Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle (Alpa)
qui contrôle les diffusions illicites, estime qu'il faut relativiser
les bouleversements que le DivX peut entraîner: «Pour l'instant,
ce n'est pas très répandu, car ça ne concerne que ceux qui ont une
connexion haut débit. Bien sûr, il faudra enrayer le phénomène en
multipliant les contrôles sur le réseau. Mais la seule véritable
parade, c'est de penser à un nouveau mode de diffusion des uvres
par l'Internet.»
Jérôme Rota, lui, se satisfait de mettre les pieds dans le plat
après le MP3 et le symbole Napster. A côté de son Project Mayo,
d'autres sociétés sont dans les starting-blocks: 3ivx
en Belgique (2) et le projet Opencodex
à Nashville (3). Ces start-up détiennent une bombe, les utilisateurs
en ont la mèche. Aux majors de faire en sorte que ces deux-là ne
se rencontrent pas.
(1) Un octet est l'unité de volume des données informatiques. Un
gigaoctet représente un milliard d'octets.
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Jérôme Rota, nouvelle coqueluche des Américains
Créateur du DivX, ce Français part
monter sa société en Californie.
Par L.N.
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Jérôme Rota a parfois du mal à réaliser
qu'il taquine les studios hollywoodiens dont il ignore les productions.
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vec ses
cheveux longs ramenés en queue de cheval, Jérôme Rota a des airs
de John Lennon. Binocles rectangulaires tombantes sur le nez, veste
de motard un peu lâche sur les épaules, rien ne laisse deviner que
ce grand gars dégingandé est un pur représentant de la génération
digitale. Ce Montpelliérain de 27 ans est devenu la coqueluche des
Américains depuis qu'il a développé un programme permettant de s'échanger
des fichiers vidéo sur le Web en quelques heures. Une révolution
qui fait trembler Hollywood, par crainte du piratage. Il part monter
sa société à San Diego (Californie). Nom de code: Project Mayo, comme la
mayonnaise qui prend, ou que l'on rate, au choix.
Amour inconditionnel. Aux Etats-Unis, on l'attend de pied
ferme. Après un article paru dans le Wall Street Journal,
la fréquentation de son site - où il a mis son programme à disposition
- fait des bonds (1). Les journalistes se l'arrachent mais il vit
sereinement, protégé qu'il est par le cocon de sa ville, ses amis
d'enfance (qui ne comprennent rien à ce qu'il fait) et son appartement
sans accès à l'Internet. Qu'est-ce qui prédestinait ce fils d'infirmière
et de responsable «normes et sécurité» à devenir l'une des nouvelles
icônes de la Silicon valley? Un amour inconditionnel pour l'image
et l'informatique.
Premier ordinateur à 8 ans. Dès les débuts, il tripote, bidouille,
complète les systèmes d'exploitation et s'initie aux images numériques.
Il casse régulièrement sa tirelire pour s'offrir les derniers modèles
d'ordinateurs: Texas Instrument, MO5, Atari, Amiga, PC... «A
cette époque, les machines permettaient déjà beaucoup de choses
au niveau de l'image.» A 14 ans, il rejoint un groupe de demo
makers, le HMC (pour Her Majesty Crackers), famille de chiens
fous qui créent des effets visuels et sonores... et qui fricotent
avec le monde des hackers.
Double cursus. A l'âge des études, sa double passion l'entraîne
vers un double cursus. Il obtient de justesse un IUT de génie électrique
et d'informatique industrielle puis rempile pour une licence en
arts du spectacle en 1993, avec audiovisuel et cinéma au menu. Dingue
de cinoche, il traîne dans les salles indépendantes de Montpellier
et boude le multiplexe de la ville. Il devient intermittent du spectacle,
monte des documentaires, produit des images de synthèse, élabore
des spots de pub... A 27 ans, le jeune homme s'est forgé une précieuse
double compétence: il maîtrise les outils mais aussi l'esthétique
de l'image. Il a parfois du mal à réaliser qu'il taquine les studios
hollywoodiens dont il ignore les productions. Matrix et consorts
l'énervent, C'est arrivé près de chez vous ou Bernie
le font rigoler.
Sans attache particulière, la tête bien vissée sur les épaules,
il quitte Méditerranée et amis d'enfance sans regret: «Ce qui
m'effraie le plus, c'est de ne pas avoir peur du déracinement.»
Il a goûté à la vie californienne à la fin de l'été, histoire de
tâter le terrain, ou plutôt les vagues: «C'était la première
fois que je montais sur une planche et j'ai réussi à tenir debout.»
Son aventure américaine ne l'impressionne pas plus que ça.
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Vidéo : la révélation du format DivX
Grâce au DivX, l'internaute
peut compresser fortement des séquences vidéo sans altérer leur qualité
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Mis à jour le lundi 6 novembre 2000
Une fois encore
la technologie indépendante bouscule le monde industriel, ne lui
laissant à ce jour que trois options : innover, s'adapter ou décliner.
Après le MP3, le standard de compression audio facilitant l'échange
de morceaux musicaux sur le Net, voici que le DivX, s'empare de
la Toile. Ce nouveau format permet de compresser les séquences vidéo
de 10 % à 20 % de leur taille réelle sans pour autant altérer leur
qualité. Une technologie rendue accessible à tous par Jérôme Rota,
Montpelliérain de 27 ans, hacker à ses heures perdues, qui offre
de nouvelles perspectives aux internautes dotés de connexion à haut
débit.
Grâce au DivX,
il est désormais possible de convertir des vidéos DVD en fichiers
de taille réduite et de les échanger via le Net. Un internaute disposant
d'une connexion à haut débit peut alors télécharger un film en quelques
heures contre quelques jours il y a peu. L'industrie du film saura-t-elle,
à l'instar de celle du disque, profiter de ce nouveau modèle de
diffusion et faire respecter les droits d'auteur des artistes qu'elle
promeut ? La question reste posée. A cette heure, le DivX commence
à se faire connaître, et il y a fort à parier qu'il ne faudra pas
attendre longtemps avant qu'apparaissent des logiciels d'échange
de fichiers de type Napster ou Scour dédiés à ce nouveau format.
C'est le détournement
de l'usage traditionnel du CD audio au début des années 80 qui va
sonner le départ des recherches en matière de compression vidéo.
Le CD devient en effet un nouveau support de stockage de données,
appelé CD-ROM. Très vite, l'idée d'y inclure de la vidéo, en plus
du son et des fichiers en tout genre, s'est imposée. Le problème
lié à ce type de fichiers tient essentiellement à leur taille :
un CD-ROM ne peut contenir que 640 mégaoctets de données quand un
standard hollywoodien nécessite plusieurs gigaoctets. Afin d'augmenter
la durée des vidéos pouvant être incluses sur ce type de support,
les recherches se sont orientées vers la mise au point de formats
de compression.
En 1992, le Moving
Picture Experts Group (MPEG) lance une norme pour la compression
vidéo à destination des CD-ROM : le MPG-1. Un format révolutionnaire,
à l'époque, au rendu malgré tout limité : la taille du fichier vidéo
résultant de la compression MPG-1 a la particularité d'être inversement
proportionnelle à sa qualité et à sa taille d'affichage. En 1994,
dans la perspective du développement de la télévision numérique,
est élaboré un nouveau format de compression, baptisé MPG-2.
Le progrès est
alors plus que notable. Ce format permet d'obtenir une qualité proche
des normes de diffusion télévisuelle, tout en compressant fortement
l'image. Il a accompagné, en 1995, la naissance du DVD (pour Digital
Versatile Disk), un nouveau type de disque optique prévu pour être
lu sur des appareils de salon et pouvant contenir deux couches de
données sur chacune de ses faces, soit près de 17 gigaoctets.
Reste que les
données vidéo contenues dans les DVD et leurs dérivés informatiques,
les DVD-ROM (DVD pouvant être lus à partir d'un ordinateur équipé
d'une carte de décompression MPG-2 et d'un lecteur approprié) sont
encore difficilement exploitables sur un ordinateur, du fait de
leur taille encore considérable et de l' « encryption » dont ils
font l'objet. Car ce n'est un secret pour personne, la plupart des
fichiers vidéo contenus dans les DVD sont cryptés : impossible par
conséquent de les lire après les avoir copiés sur son disque dur.
De cette constatation
et de la nouvelle version de MPG-4, élaborée par Microsoft sur la
base de la technologie du Moving Picture Experts Group, est né le
DivX, élaboré par des hackers. C'est un logiciel codec (codeur-décodeur)
vidéo performant, semblable au codec original du MPG-4, à ce détail
près qu'il ne tient aucun compte des limitations incluses dans les
fichiers vidéo DVD censées protéger le copyright des uvres.
C'est que les initiateurs du DivX surfaient il y a peu encore sur
la déferlante underground du Net. Jérôme Rota, surnommé « Gej »
sur la Toile, flirterait depuis l'âge de 14 ans avec plusieurs groupes
de hackers. Pour tout dire, le DivX résulterait même d'une étroite
collaboration du Montpelliérain avec un pirate allemand resté dans
l'ombre et ré pondant au surnom de « Max Morice ». Des origines
somme toute troubles, qui permettent difficilement de faire la part
entre l'innovation et le piratage.
Quoi qu'il en
soit, force est de constater que le DivX est aujourd'hui déjà largement
diffusé sur le Net. Nombreux sont les sites qui proposent le codec
en téléchargement. Sur le Net, on trouve des versions pour PC, Mac
ou Linux. Parallèlement, nombre de logiciels encodeurs ont vu le
jour. Ils permettent à tout un chacun de créer à partir de n'importe
quel DVD son propre film compressé, de le graver sur un simple CD-ROM,
et surtout de l'échanger via le Net.
Jérôme Rota, pour
sa part, poursuit son bonhomme de chemin. Il vient de fonder une
société basée à San Diego en Californie et appelée Project Mayo
(1). Aidé par quelques acolytes anonymes ( le site garde le secret
sur leurs identités respectives et n'indique que leurs pseudonymes),
il travaille à l'élaboration de la prochaine génération de DivX,
le « DivX Deux ». L'objectif annoncé est clair : optimiser le codec...
peut-être en s'affranchissant de la technologie Microsoft ?
Pour l'heure,
la première version de DivX fonctionne. En plus, elle est simple
d'accès. Afin de lire un fichier DivX avec le lecteur Windows Media
Player dans Windows 95/98/ME, il vous suffit de télécharger le codec
sur le site officiel, de cliquer avec le bouton droit de la souris
sur le fichier « .inf » fourni et de choisir la procédure « Installer
». Le codec s'intègre alors automatiquement dans le logiciel de
lecture Windows Media Player, lui donnant la possibilité de lire
les fichiers DivX. Une manipulation simple et rapide pour un rendu
performant.
William Berg
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